Le réchauffement climatique est-il une fake news ?

Par  le 12 juillet 2017 - 11:44 dans

La désinformation a toujours existé, mais sa forme a changé. Des élections américaines au discours de Trump sur le réchauffement climatique, les fake news se répandent sur la planète. Comment réagir ?

En 2007, dans le roman « Les Falsificateurs », Antoine Bello décrivait le « Consortium de Falsification de la Réalité », une organisation secrète imaginaire manipulant la mémoire de l’humanité. L’une de ses caractéristiques, c’est qu’elle s’était construite progressivement, en implantant aux endroits stratégiques des gens aptes à affirmer officiellement comme vraies des choses totalement fausses.

Aujourd’hui, fabriquer de fausses nouvelles et influencer l’opinion est plus simple et plus rapide que dans la fiction susnommée. Nous sommes confrontés quotidiennement à un tel flot d’information que les temps de vérification se raccourcissent. Les tweets et les posts Facebook vivent quelques heures et la volonté de les partager avant les autres nous amène pour une grande majorité à les diffuser sans réfléchir.

Plus c’est gros, plus ça passe ! Parce que l’information standard n’émerge pas du lot. Un bon « trigger » suffit pour créer aisément les « alternative facts » de Trump ou activer en un clin d’oeil les révisionnistes et les théoriciens du complot.

Quand Trump fustige les accords de Paris à coup d’arguments aussi « fake » les uns que les autres, des millions de gens y croient en raison de la notoriété de l’émetteur et de la quantité de reprises dont il fait l’objet.

Mark Zuckerberg a déclaré à la suite des élections américaines que l’influence de Facebook sur les Américains n’était pas notable et que quelques FakeNews n’avaient pas changé la donne Clinton/Trump. Pew Research a cependant révélé que 63 % des internautes américains se disaient influencés par leur fil Facebook. Fake news ?

fake news reseaux sociaux

Google, YouTube et Facebook sont aujourd’hui les plus gros supports de fake news et sont confrontés à la situation suivante : d’un côté, ils œuvrent pour être le lieu de consommation de toute notre information, et de l’autre, ils n’ont pas envie d’être considérés comme des médias à part entière pour ne pas avoir à assumer la responsabilité des contenus qu’ils véhiculent.

Qui est responsable d’une information fausse ?

La situation ressemble étrangement aux conflits entre hébergeurs et éditeurs. Le diffuseur du contenu ou celui qui l’a posé là ? Au-delà de cette responsabilité, la question centrale est : comment lutter contre la désinformation dans un contexte où l’information est pléthorique et circule, très/trop vite ?

Les solutions législatives ont peu de chance d’être vraiment efficaces. Elles sont longues à adopter et tous les pays ne voient pas le monde du même oeil…Quant à celles adoptées par les ogres californiens, elles ne sont pas parfaites, mais ont le mérite d’exister. Le fact checking passe d’abord par la mise en place d’algorithmes. Et si les Googliens arrivent maintenant à détecter par notre expression de visage si nous sommes contents d’un résultat sur notre portable, ils sont bien placés pour injecter l’intelligence nécessaire dans des algorithmes de filtrage.

Mais le nerf de la guerre reste la cross vérification. Les accords signés avec de grands médias par Google ou Facebook vont dans ce sens.

La seule vraie solution est d’avoir quelques réflexes.

Lorsque les millenials ont un doute en grammaire ou sur l’orthographe d’un mot, ils tapent les deux options dans Google et regardent celle qui génère le plus de résultats de recherche. C’est la masse qui valide.

Quand il s’agit d’informations moins objectives, la validation est moins simple. Néanmoins si vous recevez une information incroyable qui date de deux ou trois jours sans avoir fait l’objet d’aucun relai média, elle est probablement fausse, car ces derniers sont en veille sur tout ce qui se propage.

Regardez également si la source de l’information est stipulée (pour le user generated content, c’est évidemment rarement le cas). De même pour les photos, si vous y prêtez attention, beaucoup de visuels sont grossièrement trafiqués et cela se voit à l’oeil nu.

Tenez compte également du timing de la diffusion. Un Macronleaks deux heures avant les élections, c’est louche.

Se questionner sur la véracité de l’information est un déclic vital. Les réseaux sociaux brouillent les pistes et augmentent la diffusion, mais plusieurs sociologues s’accordent à dire que les époques de doutes nous poussent à croire aux chimères.

breaking news et fake news

Que faire si je suis une marque confrontée à une fake news ?

D’abord, vérifiez le lieu de propagation et sa constante de temps. Ce qui est posté sur un blog, un forum ou un site sédimente surtout dans Google. Si personne ne récupère ce contenu pour le faire buzz, les méthodes classiques d’occupation de terrain dans les moteurs marchent bien. L’information gênante n’est pas éradiquée, mais il est possible de restreindre sa visibilité.

Si vous envisagez de répondre, attention à ne pas donner plus de visibilité au sujet qu’il n’en a avant la réponse. Regardez le nombre de consultations effectif ; s’il est faible, il vaut mieux ne rien faire qu’augmenter le bruit autour du contenu dérangeant, incitant à la visite des gens qui n’en avaient jamais entendu parler à l’origine.

Sur ces contenus « pérennes », les solutions juridiques ou de médiation peuvent donner des résultats, mais cela reste long…

Si la diffusion passe par les fils Facebook ou Twitter, la fake news sera partagée très vite, mais devrait en principe, passer rapidement. L’info « trash » est ce qui buzze le plus, mais une marque peut difficilement répondre avec du trash sur les réseaux.

Il peut être intéressant, si on a besoin de réagir vite, d’acheter de l’espace ciblé, adwords ou native advertising très contextuel, qui mènera sur un espace destiné à rétablir la vérité, site corporate ou blog. Cette solution est assez efficace et rapide à mettre en oeuvre.

Les fake news se multiplient et ne sont plus un phénomène occasionnel. Apprendre à les gérer n’est donc plus une option. Il appartient à chacun de faire preuve de prudence avant d’y accorder de la crédibilité, et aux organisations et aux marques de s’équiper des savoir-faire nécessaires.

Source: https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-171564-le-rechauffement-climatique-est-il-une-fake-news-2099036.php

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1 commentaire
Clara 20 juillet 2017 - 14:13 - Répondre

Malheureusement, même avec les médias de renommée, il faut parfois savoir prendre du recul. Ils sont eux-aussi soumis à la désinformation et peuvent relayer des informations fausses. Mais ils sont aussi et surtout humains, et ainsi aucunement neutres. Toute information relayée est soumise à un conditionnement culturel. Les Français savent d’ailleurs conserver un regard critique. Une dernière étude a montré qu’uniquement 30% des Français croyaient encore aux info. Positif? Négatif? Reste à voir…